Schémas : pourquoi nous faisons souvent les mêmes erreurs

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La citation « si vous faites ce que vous avez toujours fait, vous obtiendrez toujours le même résultat » est attribuée à Anthony Robbins, star des méga conventions américaines dans le domaine de la motivation. La phrase est simple et tout de suite saisissable. Nous comprenons tous qu’une même action amènera inlassablement à la même conséquence. Alors, pourquoi avons-nous parfois l’impression de répéter les erreurs dans nos vie ? Manquons-nous de discernement ? de bon jugement ? de bienveillance envers soi ? Vous trouverez une réponse à cette question dans la théorie des schémas, que j’explique dans l’article qui suit.

Comprendre les schémas

Parfois on se pose des questions sur la nature cyclique d’une situation qui ne va pas dans notre vie. En voici quelques exemples :

  • Pourquoi je rencontre toujours les mêmes histoires d’amour toxiques, avec les mêmes types d’homme ou de femme qui m’attirent ?
  • Pourquoi j’attire les mêmes ennuis au travail ou avec mes amis ?
  • Pourquoi les gens me traitent-ils toujours de la même manière ?
  • J’ai l’impression de ne pas pouvoir changer car sous l’emprise d’une force lourde et impalpable ?

C’est justement en ces moments qu’il convient de se demander si nous ne sommes pas sous l’influence de nos schémas précoces. Explications ci-dessous.

Qu’est-ce qu’un schéma ?

De façon générale, ce concept se réfère à «un modèle imposé par la réalité ou l’expérience qui permet aux individus d’expliquer les faits, d’en appréhender la perception, et de guider leurs réponses. [ … ] Le schéma est un programme cognitif qui intervient comme guide dans l’interprétation de l’information et la résolution de problèmes. » (Young et al., 2005, p.33-34). Les schémas sont parfois assimilés à des mécanismes de défenses. Ici, nous parlerons plutôt de résistances au changement. Un schéma précoce correspond globalement à un de nos besoins vitaux (amour, affection, sécurité…). C’est en fait notre enfant intérieur qui s’exprime.

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Pour expliquer ce concept, plongez-vous dans vos souvenirs ou imaginez la vie d’un petit enfant. Jeune, nous n’avons pas les défenses que l’on développe à l’âge adulte afin de faire face aux challenges de la vie. On doit s’en remettre entièrement à nos parents et aux autres adultes que l’on côtoie. Imaginez maintenant qu’à ce jeune âge, il y ait eu une carence, réelle ou figurée, peu importe dans ce cas car les deux produiront les mêmes effets. Cette carence réelle ou imaginée peut être de nature matérielle (manquer de nourriture, par exemple) ou affective (manquer de contact physique, manquer de témoignages d’amour, par exemple).

Lorsqu’il y a une carence, l’enfant apprend à survivre en s’adaptant. Grâce à ce que l’on appelle la plasticité neuronale (les neurones du cerveau et leurs réseaux sont très malléables, ce qui facilite tous les apprentissages de l’enfant) et grâce à la tendance de l’enfant à avoir aucune attente particulière face à une nouvelle situation (l’enfant est très doué pour vivre dans l’instant présent), sa capacité d’adaptation est décuplée par comparaison à celle des adultes. Ce faisant, il développe des filtres au travers desquels toutes les informations provenant de l’environnement vont être filtrées. Petit à petit ces filtres se rigidifient (afin d’être efficace, nous devons appliquer des formules de fonctionnement de type : si je rencontre situation X à l’avenir de nouveau, je devrait l’interpréter comme tel et agir d’une certaine manière que j’ai déterminé pour faire face à cette situation). Cette rigidité va aider l’enfant à « faire avec » sa situation. Ce sont les débuts d’un schéma précoce. Cela aide l’enfant à créer du sens et une certaine cohérence à tout ce qu’il apprend, entend, ressent, pense. C’est en quelque sorte une organisation et une classification de toutes les expériences précoces. Alors que les schémas sont souvent très adaptés pour aider l’enfant à traverser des périodes difficiles, ceux-ci sont souvent peu adaptés à la vie d’adulte. Nous les trimbalons comme des casseroles derrière nous. Et voici l’inconvénient dans l’affaire : le schéma précoce est un fonctionnement tellement ancien qu’il a été relégué au deuxième plan de l’activité mentale. C’est-à-dire, qu’il n’est plus visible à la conscience.

Le rôle des schémas

Si les schémas nous induisent autant en erreur à l’âge adulte, pourquoi notre psychisme semble s’y accrocher ? Au cours du développement, des schémas se constituent précocement à partir des expériences vécues et continuent à être alimentés par les évènements de la vie. C’est un processus progressif, lent et largement inconscient. Ce sont des filtres, que nous ne remettons pas en question car ils nous paraissent ‘normaux’, au travers desquels on voit la vie, on interprète les situations et décide de quel comportement adopter. Les schémas dictent également nos réponses à toutes sortes de situations (nos pensées, nos émotions et nos comportements). Dès lors qu’ils génèrent des comportements, nous pouvons dire que les schémas sont aussi responsables des éventuelles conséquences de ceux-ci. Un schéma ne se brise pas facilement parce qu’il est alimenté par nos croyances fondamentales.

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Mécanismes des schémas

Pourquoi nous avons l’impression de toujours revivre les mêmes scénarios et même, parfois, d’en être prisonnier ?

On maintient les schémas en déformant l’information que l’on reçoit de l’environnement (situations, comportements, émotions, sensations, pensées, imagerie mentale) pour que celle-ci soit conforme au schéma. Le schéma demande à être nourrit pour survivre. Par conséquent, nous avons tous tendance à produire des distorsions de l’information pour faciliter l’intégration des nouvelles informations. Ces nouvelles informations vont s’intégrer à leur tour, à notre personnalité. C’est d’ailleurs ce qui nous permet de changer à tout âge, pour le meilleur ou pour le pire. Nous appelons ces distorsions de l’information des distorsions cognitives. Au niveau cognitif, une distorsion cognitive opère pour maintenir le schéma intact : l’information qui confirme le schéma est retenue ; elle est magnifiée, sur-généralisée et personnalisée. L’information qui va à l’encontre du schéma est modifiée ou rejetée. (Cottraux, 2011.)

Mais les distorsions cognitives ne vont pas agir directement sur les schémas. Parce que le schéma est inconscient, nos distorsions ne peuvent pas agir directement dessus. Plutôt, elles vont agir sur nos croyances fondamentales, qui sont en quelque sorte un pont entre notre conscience et le schéma. Voici un schéma explicatif qui vous aidera à mieux comprendre.

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Ce sont les situations difficiles qui déclenchent les pensées automatiques et émotions gênantes et déplaisantes. A leur tour, elles déclencheront la croyance fondamentale sous-jacente qui est parfois perceptible à la conscience. Cette croyance fondamentale activera le schéma précoces qui, lui,reste largement inconscient.

Comment maintient-on un schéma ?

Maintien des schémas par évitement

L’intensité des émotions négatives qui sont associées au déclenchement du schéma précoce nous amène à développer des procédés, conscients ou automatiques, pour bloquer toute connaissance du schéma. On va donc éviter tout ce qui nous rappelle ce schéma. La manœuvre d’évitement peut être cognitive, affective et/ou comportementale.

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Maintien des schémas par compensation

Par exemple, la personne « dépendante » se protégera en faisant montre d’une autonomie exagérée, refusant l’aide ou les conseils d’autrui. La personne qui se sous-estime et dont le schéma est dû à un manque affectif dans l’enfance peut avoir développé un comportement narcissique. Reprenons l’exemple de Marc : Marc se croit incompétent dû à son schéma d’imperfection / honte. Très tôt, il a développé des traits de perfectionnisme afin de toujours compenser se sentiment d’incompétence, très inconfortable pour lui. Ce perfectionnisme lui permet, la plupart du temps, d’être ultra vigilant sur son travail, quitte à rendre celui-ci avec un peu de retard. Il a d’ailleurs toujours très bien réussi, que ce soit au niveau de ses études ou de son travail. Malheureusement, toutes les preuves au monde n’arrivent pas à enrayer ce schéma, trop profondément ancré en lui. Il faudra que Marc travaille activement sur ses schémas pour les rendre moins rigides.

Maintien par renforcement

On peut ajouter le maintien des schémas par le fait qu’ils sont constamment renforcés par l’environnement. Ainsi, un schéma de méfiance sera renforcé par un environnement peu fiable, objectivement, que nous choisissons pourtant, bien qu’inconsciemment. Pour reprendre l’exemple de Marie ci-dessus :

Avant de rencontrer son conjoint, Marie choisissait toujours, inconsciemment, des hommes qui n’étaient pas disponibles affectivement (des hommes mariés ou peu expressif du point de vue de l’affection, par exemple). Lorsque la relation devenait trop intense, l’homme en question terminé par la quitter. Cette situation se solde toujours par une ‘montée en puissance’ du schéma d’abandon, qui se trouvait confirmé à chaque nouvelle rupture : « Tu vois, c’est toujours la même chose, on finit toujours par m’abandonner ».

Maintien par modèles

On peut encore ajouter le rôle des modèles issus de l’environnement : modèles réels venant de la famille ou de l’environnement social (pensez : la bande de délinquants ou, inversement, de jeunes scouts), mais aussi symboliques venant de la télévision ou des médias en général (par exemple, le modèle de la femme parfaite).

 

Comment savoir quels schémas sont encore actifs chez vous ?

  • En analysant les croyances fondamentales. On peut y avoir accès au travers de nos pensées et nos émotions face à diverses situations difficiles de la vie, car les pensées et les émotions sont visibles à la conscience. Les croyances fondamentales, comme les schémas, ne le sont pas toujours et il faut les extraire pour les faire remonter à la surface.
  • En remplissant le questionnaire de Young, le YSQ (Young Schema Questionnaire). Traduit en français, c’est l’outil de référence. Avec ses 75 items balayant les 18 schémas précoces, il produit une photographie de la personne en termes de ses schémas. Vos réponses devront être analysées par un professionnel (ex, psychologue).

 

Les dix-huit schémas précoces vus par Young

Voici une description des dix-huit schémas proposés par Young. Ces schémas peuvent être regroupés en domaines : hypersensibilité aux séparations et aux rejets, manque d’autonomie et de performance, manque de limites, orientation excessive vers les autres, survigilance et inhibition. Ce sont en quelque sorte les conséquences des schémas. Par exemple, un schéma d’assujettissement amènera à une orientation excessive envers les autres : leur donner trop d’importance, à vos dépens ; leur accorder trop de pouvoir sur soi ; prêter trop attention à ce qu’ils peuvent penser de nous.

Les besoins expriment ce dont on aurait eu besoin en grandissant mais qui présentait une carence. Par exemple, pour le domaine de l’hypersensibilité aux séparations et aux rejets, tous les schémas reflètent un besoin d’attachement aux autres qui n’aurait pas été assouvi lors de l’enfance. Le schéma a pu amplement se développer en réponse à ce manque.

Les schémas décrits portent tous un nom et sont associés à une phrase type que exprime le schéma. Par exemple, dans le cas du schéma de carence affective, la personne croit que ses besoins en matière d’amour ne pourront jamais être comblés, quoi qu’elle fasse. C’est l’idée contenue dans la phrase associée au schéma, ci-dessous. Les schémas peuvent s’associer et se chevaucher (par exemple, abandon et assujettissement).

Ces schémas seront à la genèse de nos comportements qui à leur tour, engendre des conséquences. Pour illustrer cela, si j’ai un schéma de méfiance et d’abus qui opère, je me montrerais excessivement méfiant envers toutes nouvelles rencontres, quitte à faire fuir l’autre par ma froideur manifeste, ce qui se justifiera par la suite (« si c’était quelqu’un de vraiment bien, il aurait su dépasser ma carapace »). C’est la logique de protection de soi qui va opérer contre la menace éventuelle de se faire duper par l’autre. Si j’ai un schéma de dépendance et d’incompétence, ma croyance en la difficulté de la vie et mon incapacité à y faire face m’amènera à sélectionner un partenaire dominant, d’aspect ‘fort’, afin de s’en remettre à sa protection. Nous devenons ainsi des personnes dépendantes, non pas par réelle incompétence en matière de direction de sa vie, mais par une fausse croyance (ancienne) en cette incapacité à se gérer.

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Pour aller plus loin

Livre sur les schémas

Introduction du livre grand public de Young sur les schémas

Article sur la répétition des scénarios de vie

Lectures recommandées

 

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