Reprenez contact avec vous – le focusing

focusing

QU’EST-CE QUE LE FOCUSING ?

On utilise la méthode du focusing afin d’éclaircir notre ressenti sur une situation et d’identifier nos besoins. C’est une technique puissante, permettant de voir plus clair en reprenant contact avec nous-même. Cette méthode a été développée dans les années 80, aux États-Unis. Le focusing est une sorte d’attention portée à des messages internes d’ordre corporel. Mais pour entendre ces messages du corps, deux postulats sont requis :

  • le corps a quelque chose à nous dire ;

  • le corps est capable de nous dire des choses.

Vous pensez que votre corps est capable de vous dire des choses ?

Dans nos sociétés occidentales, avec ses exigences et pressions sur notre intellect, nous nous voyons souvent comme un ‘cerveau dans un bocal’, complètement déconnecté de ses émotions (« j’utilise ma raison pour prendre des décisions« ) et déconnecté aussi de son corps (même si, on est d’accord, le cerveau fait partie intégrante du corps !). On a souvent tendance à considérer ce corps comme un ennemi : ce corps qui produit des douleurs, est en proie à des maladies, ne fait pas ce que l’on lui demande, ne veut pas perdre du poids, et qui à terme, meurt. On ne lui fait donc pas confiance et nous restons dans une certaine méfiance à son égard.

Pourtant le corps est le premier contact avec l’environnement, c’est lui qui se meut dans notre quotidien et dans la société dans laquelle on vit. Au travers des cinq sens, il collecte les informations qui nous bombardent tous les jours, à chaque instant de notre vie éveillée. Et c’est lui qui va mettre en marche, avec le cerveau, le processus nocturne de récupération corporelle et de stockage des informations dans les aires de mémoire.

Le corps est notre premier contact avec notre environnement.

Lorsque l’on est déconnecté de notre corps, on ne sera plus en mesure d’entendre ce qu’il a à dire. Sa capacité à faire passer des messages – sur ses besoins ou sur l’évaluation d’une situation dans laquelle vous vous trouvez – sera en fonction de notre capacité à l’entendre et à l’écouter (pas la même chose !).

Vous pensez que le corps a quelque chose de valable à vous dire ?

Puisque le corps est le principal capteur des informations provenant de l’environnement, il contient une sagesse propre à lui.

Nous n’avons donc pas à recourir à la raison (le principe derrière les fonctions intellectuelles), ni à nos émotions. Ce que notre corps peut nous transmettre comme information ne sera donc ni le fruit d’une analyse ni des sensations provenant de nos émotions.

Le corps contient sa sagesse propre.

Il s’ensuit que le focusing n’est pas ‘être en contact’ avec ses émotions ou sentiments et ce n’est pas non plus penser ou analyser des choses vous concernant. C’est une manière de contacter une certaine sensation corporelle –appelée ‘sens corporel’ – qui indique comment vous vous sentez dans telle ou telle situation vécue. C’est un mouvement corporel.

A partir du moment où vous êtes en mesure d’entendre et d’écouter votre corps, il aura toujours quelque chose à vous dire. Peu importe que le mouvement corporel se produit ou non. Il viendra en temps utile. Impossible de le provoquer. C’est un mouvement qui émane de notre propre authenticité envers nous-même.

Comment savoir si un mouvement corporel est en train de se produire ?

Le sens corporel se manifeste tout d’abord en une impression vague et peu claire à partir de laquelle, si vous y portez votre attention, naîtront un mot, une phrase, des images.

 

LA MARCHE À SUIVRE

focusing

Pendant le processus, vous sentirez à un moment donné une perception physique indéfinie et globale de votre problématique. C’est le focusing. À un moment donné, mais peut-être pas la première fois que vous l’essaierez, vous ferez l’expérience d’un changement en vous.

 

Il existe six principales étapes dans le focusing. Avec de la pratique, vous n’aurez plus besoin de penser à ces six parties distinctes. A la fin de cet article, je vous donne la marche à suivre pour ce que j’appelle le Mini-Focusing qui peut être fait en un temps plus court.

 

  1. DEGAGER SON ESPACE INTERIEUR

focusing

  • Dans le silence, prenez le temps de vous détendre, de sentir vos pieds bien ancrés dans le sol, de relâcher vos épaules et le ventre, si ceux-là vous semblent tendus.
  • Entrez en vous et centrez votre attention vers le milieu du corps (le torse ou l’estomac, par exemple). Vous pouvez fermer les yeux mais cela n’est pas obligatoire.
  • Découvrez ce que vous ressentez à cet endroit particulier lorsque vous vous demandez: « Comment vont les choses pour moi à cet instant précis? » ou « Qu’est-ce qui se trouve entre moi et le bien-être actuellement ? ».
  • Voyez ce que vous éprouvez dans votre corps en répondant à cette question. Laissez les réponses se former lentement. Si vous éprouvez de l’inquiétude, ne vous laissez pas emporter par elle, vous êtes dans un lieu sûr.
  • Plutôt, prenez du recul et dites: « Oui. J’éprouve de l’inquiétude là. » Laissez un peu d’espace entre votre émotion et vous, vous pourriez toujours y revenir après l’exercice.

Parfois, il est utile d’imaginer que l’on met ce problème dans une boîte et que l’on la range à une certaine distance de soi, peut-être à côté de soi si c’est un problème que l’on aimerait garder près de soi malgré tout, ou nous pouvons imaginer placer la boîte à l’extrémité de la pièce, loin de nous.

Puis demandez-vous ce que vous éprouvez d’autre. Attendez et prêtez attention au dedans. II s’y trouve habituellement plus d’une émotion, plus d’un problème ou ‘tracas’ qui nous empêche d’être juste bien à cet instant-là. Répétez cette partie du processus jusqu’à temps que vous vous sentiez plus léger et que vous ayez l’impression que, dans l’instant précis, il n’y a plus rien entre vous et votre bien-être.

Cette étape peut être utiliser comme exercice à part entière. On peut décider donc de simplement dégager un espace intérieur lorsque l’on se sent débordé par les événements ou gêné par nos soucis.

Si vous avez une question particulière ou quelque chose à dénouer, une situation qui n’est pas claire, vos besoins qui sont enfouis, alors vous pouvez procéder au focusing.

 

  1. LAISSER VENIR LE SENS CORPOREL

focusing

Choisissez un problème personnel sur lequel vous désirez employer le focusing. N’entrez pas dans du problème. Maintenez la posture de recul que vous aviez trouvé dans la précédente étape. Certes, le problème auquel vous songez comporte de nombreux aspects, et vous ne pouvez les envisager tous un à un. Cependant, vous pouvez sentir tous ces aspects réunis. Concentrez-vous sur l’endroit de votre corps où vous éprouvez habituellement des émotions (souvent le milieu du corps, mais pas exclusivement) et vous pourrez y trouver une perception globale de votre problème. Prenez le temps de ressentir cette perception vague et globale.

La sensation globale d’un problème, ressenti au niveau du corps, est ce que l’on appelle le sens corporel.

 

  1. TROUVER UNE ‘PRISE’

focusing

Quelle est la qualité de ce vague sens corporel? Laissez un mot, une expression ou une image se former à partir du sens corporel lui-même. Il peut s’agir d’un qualificatif comme « serré », « désagréable », « effrayant », « bloqué », « pénible », « nerveux », une phrase entière ou une image. Parfois le mot qui nous vient nous semble pas du tout adapté à la situation. Accueillez ce mot, sans jugement et laissez voir ce qui vient après. Concentrez-vous sur la qualité du sens corporel jusqu’à ce que vous trouviez le terme approprié. Parfois, nous devons y revenir plusieurs fois car la première réponse fournie n’est pas forcément la plus juste.

 

  1. FAIRE RÉSONNER

focusing

Confrontez votre sens corporel avec le mot, l’expression ou l’image que vous avez trouvé. Voyez si cela vous paraît authentique, si cela est le reflet juste de ce que vous ressentez. Cherchez en vous un petit signal vous indiquant que ce mot est le bon. Vous devez, pour ce faire, entrer de nouveau en contact avec votre sens corporel en même temps que vous répétez le mot choisi. Le but est d’approcher au plus proche de l’essence de votre sens corporel.

 

  1. INTERROGER

focusing

Ici, on interroge le sens corporel directement. Passez quelque temps (une minute ou deux) en contact avec votre sens corporel ou d’y revenir en vous aidant du mot / image / expression (la « prise ») que vous auriez trouvé à la précédente étape. Cette prise nous aide à percevoir avec exactitude le sens corporel. Il ne suffit pas de se rappeler ce que nous éprouvions il y a quelques minutes. On doit le percevoir bien clairement, sinon impossible de l’interroger. Si vous en perdez la trace, répétez la prise pour tenter de raviver le sens corporel. Il se peut que vous percevez le sens corporel légèrement modifié par rapport à avant, ceci n’est pas grave.

 

Ainsi, si « tendu » est votre mot, répétez ce terme plusieurs fois jusqu’à ce que vous perceviez clairement votre sens corporel, puis demandez à ce dernier ce qui, dans votre problème entier, vous rend si « tendu ».

 

Si une foule de réponses se succèdent dans votre esprit, n’en tenez pas compte et interrogez votre sens corporel de nouveau. En effet, ces réponses rapides et qui s’enchainent sont des réponses purement intellectuelles. Le cerveau intervient très vite afin de répondre à des questions que l’on lui pose (c’est d’ailleurs sa fonction première, de résoudre des problèmes pratiques de survie). Mais parce qu’il est si rapide à répondre, il ne laisse pas le temps d’entrer en contact avec le corps.

focusing

Or, le corps est le premier « expérimentateur » de la vie et il détient de la sagesse sur de nombreuses questions. Retrouvez votre sens corporel avec l’aide de votre mot / image / expression, puis interrogez-vous de nouveau.

 

Posez vous des questions ouvertes : « pourquoi je me sens tendu par rapport à cette situation ? » plutôt que « c’est parce que je me suis disputé avec ma mère que je me sens tendu ? ». Interroger son sens corporel est un peu comme poser une question à quelqu’un : votre question posée, vous attendez la réponse (et vous ne la connaissez pas d’avance). La nuance est d’essayer de ne pas prédire la réponse. Une attitude de curiosité bienveillante à votre égard sera donc nécessaire.

La curiosité vous servira à accepter à bras ouvert toutes les réponses qui surviennent. La bienveillance vous sera utile afin de ne pas vous juger quant à ces réponses.

N’imposez pas de mots ou d’images à votre sentiment. Laissez-les émerger de celui-ci. Laissez votre sentiment se révéler dans sa totalité.

Comment repérer la fin de la séquence de focusing ? Quand les mots ou images qui émergent d’un sentiment sont ceux qui s’accompagnent d’un mouvement corporel et qui vous font dire : « Et bien, voilà de quoi il s’agit ! ». N’attendez pas forcément la révélation du siècle, ni un outil de divination. Mais cette sensation est toujours la bienvenue, même si cela ne règle pas vos problèmes. Il vous aidera certainement à y voir plus clair et peut-être à trouver une direction vers une solution. Si vous percevez quelque chose d’imprécis, de significatif en vous à propos de votre problème, sans pouvoir encore le nommer, alors vous êtes arrivés au focusing.

Si votre sens corporel ne change pas et qu’aucune réponse n’en émerge, ce n’est pas grave. Arrêtez-vous un instant (une minute ou deux). On ne peut provoquer un mouvement corporel. Ce qui compte est le temps passé en contact avec votre sens corporel.

Cela aide parfois à ce poser les questions suivantes :

1/ « Quel est le pire dans tout cela ? » ou « Qu’est-ce qui me rend ‘tendu’ dans tout cela ? » si votre mot est ‘tendu’.

2/ « Qu’est-ce qui manque pour que je me sente bien ? »

 

Commencez par la première question mais assurez-vous que chacune des questions atteint votre sens corporel. Comme d’habitude, votre cerveau vous fournira une réponse. Répétez alors la question jusqu’à ce que votre sens corporel se modifie.

 

Rappelez-vous : faire du focusing n’est pas du travail. C’est passer un moment agréable à l’intérieur de soi-même. Si vous vous sentez fatigué à cette étape, n’hésitez pas à aborder votre problème d’une façon nouvelle plus tard.

 

  1. ACCUEILLIR

focusing

Accueillez amicalement tout ce qui vient avec le mouvement corporel et le focusing. Même s’il ne s’agit que dune légère détente, restez-y attentif pendant un moment. Pensez à rester patient et non pas dans l’expectatif : quelle que soit la sensation que vous éprouvez, ceci n’est que le premier mouvement et d’autres suivront.

Notre posture envers soi dans ce voyage intérieur est une posture de curiosité bienveillante, à la manière d’un bon compagnon, qui ne jugerait pas ce qu’il nous entend dire, ni ne nous donnerait des ‘bons conseils’. Il sera tout simplement là, présent et à l’écoute.

 

LE MINI-FOCUSING

 

Quand utiliser cette technique ?

Lorsque vous sentez que quelque chose « ne va pas », souvent une sensation de mal-être ou de gêne vague et diffuse.

Lorsque vous disposez de peu de temps.

Lorsqu’une question précise se dessine par rapport à une situation qui mérite votre attention maintenant.

Lorsqu’une gêne plus précise se manifeste et que vous identifiez comme une gêne psychologique (provenant du corps sous forme de douleur, par exemple, ou provenant des émotions sous forme d’agitation physique ou mentale).

Principes de bases à retenir.

On part du principe que le corps est notre allié et non pas l’ennemi.

Cela sous-entend une attitude d’ouverture envers tout ce que notre corps peut nous communiquer (on évitera donc la catégorisation binaire en ‘bonne’ et ‘mauvaise’ information).

Cela sous-entend également une attitude de bienveillance envers soi (prendre soin de soi) et une attitude de curiosité authentique (« tiens, que vais-je découvrir en faisant cet exercice ? Essayons… ») et d’acceptation, car une information reçue peut être quelque chose que l’on n’attendez pas.

Le corps contient sa sagesse propre, nul besoin d’avoir recours à notre raison ou autres processus de la pensée.

La technique en quelques minutes.

Trouvez un moment de repli sur vous :

Prenez quelques minutes pour vous dans un endroit calme et sans interruption. Essayez de trouver une posture où vous vous sentez ancré. Ancrez vous dans votre espace mais également dans le temps, le moment présent. Si des pensées essayent de vous retenir dans le passé ou de vous propulser dans l’avenir, ramenez votre attention gentiment sur la tâche à accomplir maintenant.

Les questions à se poser :

Lors de ce moment de repli sur vous, posez-vous les questions suivantes –

–> de quoi tu as besoin ? De quoi j’ai besoin juste maintenant ?

–> qu’est-ce que tu essayes de me communiquer ? Qu’est-ce que j’ai besoin d’entendre ?

–> qu’est-ce que je dois comprendre de la situation que je vit actuellement ?

Lorsque vous sentez des sensations corporelles remonter en réponse à ces questions, placez votre attention sur celles-ci et essayez de voir s’il y a des mots, des images ou des phrases qui surviennent au contact de ces sensations corporelles.

Puis demandez-vous si ce mot, cette expression ou cette image représente bien et authentiquement ces sensations corporelles ? Si non, ré essayez de vous poser les mêmes questions et restez le temps que quelque chose se manifeste plus clairement.

Vous aurez terminé lorsqu’une sensation de soulagement accompagnera le mot, l’expression ou l’image juste et que vous aurez la sensation d’avoir répondu à vos questions et d’avoir avancé  sur le chemin du changement que vous souhaitez.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la compréhension de cette méthode, voir ici.

Pour aller plus loin

Vous pouvez également coupler cette méthode avec la méditation pleine conscience. Pourquoi pas faire une courte séance de méditation avant de faire du focusing ? Cela pourrait vous aider à vous ancrer dans l’ici et maintenant. Voir mon article sur la méditation ici si vous souhaitez essayer.

Laisser un commentaire